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A propos de la Fondation

La réputation aphrodisiaque du chocolat

Paré de multiples vertus, le chocolat semble surtout fortement aphrodisiaque. De Moctezuma aux libertins les plus célèbres, en passant par les maîtresses du roi Louis XV, l’engouement pour la boisson exotique est général. Dès le 19e siècle, le chocolat à croquer supplante la boisson comme objet de plaisir et d’expérience gourmande pour se réinventer comme symbole amoureux associé à la St-Valentin quelques décennies plus tard.
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© Getty Images / Kyodo News - Distributeur de giri-choko à Tokyo, Japon, 7 février 2013

Les débuts du mythe

L’empereur aztèque Moctezuma (v. 1466-1520) voit dans le chocolat un excellent aphrodisiaque et il en boit volontiers avant de rejoindre l’une de ses nombreuses partenaires. Des épices telles que la vanille et le piment, que les Aztèques ajoutent pendant la préparation, renforcent l’effet stimulant de la boisson. Un breuvage amer, à première vue peu ragoûtant, mais tenu haut en estime par un homme puissant, qui se doit d’être sexuellement performant : il n’en fallait pas plus pour convaincre les conquistadores.

Après la conquête espagnole, le chocolat traverse l’océan en emmenant avec lui son mythe qui se répand en Europe. En Espagne, en Italie, en France ou en Autriche, le chocolat séduit les élites et les aide à séduire. L’Angleterre voit l’ouverture des Chocolate Houses, lieux de consommation de chocolat et de complots, d’ascension sociale, et de mœurs légères, à l’atmosphère joyeuse et au succès suspect. Charles II (1630-1685) accuse le chocolat, ainsi que le café, le thé et le sharbat, d’être cause de désordres et tente d’interdire ces hauts lieux de socialisation, sans toutefois y parvenir.

La position de l’Église

Les hommes d’Église ne sont pas unanimes sur le sujet du chocolat à boire et ses relents de volupté. Si certains n’y trouvent rien à redire, une bonne partie des religieux redoute les effets peccamineux de ces tasses fumantes si prisées. En 1624, Franciscus Rausch, un théologien allemand, affirme que le chocolat provoque ‘un embrasement des passions’ et des ‘scandales’ dans les couvents. Ainsi, consommer du chocolat serait incompatible avec une vie d’abstinence sexuelle.

Un coup de pouce pour les mœurs libertines

Au sein de l’aristocratie, les femmes ont des soucis à l’exact opposé du clergé. Ainsi, Madame de Pompadour, ayant quelque peu déçu Louis XV, prend du chocolat ambré afin de réchauffer ses sens et ne plus paraître trop froide aux yeux de son amant. Madame du Barry, quant à elle, en propose à ses amants en vue de longues nuits de plaisir. Casanova et le Marquis de Sade, personnages dont l’appétit sexuel est bien connu, boivent volontiers du chocolat pour ses vertus stimulantes. Guillaume-René Lefébure, médecin français (1744-1809), prétend même avoir mis au point un chocolat ‘aussi utile qu’agréable’ : non seulement aphrodisiaque, il serait également capable de guérir les maladies vénériennes.

Les arts s’emparent de la chocolatière et de la tasse de chocolat qui deviennent un thème récurrent de l’époque : qu’il s’agisse de peinture, de gravure ou de littérature, les plaisirs de la chair sont associés au breuvage exotique.

Une réputation qui dure

Dès le milieu du 18e siècle, le chocolat à boire se démocratise, perd son aura précieuse et scandaleuse jusqu’à devenir un produit de consommation courante. Le chocolat à croquer, inventé au 18e siècle, supplante peu à peu le chocolat à boire dès le siècle suivant. Cependant, il demeure intimement associé à la notion de plaisir : on ne mange pas du chocolat pour se nourrir, mais on le déguste pour vivre une expérience gourmande. Aujourd’hui, Baci (‘baisers’ en italien) et Mon Chéri sont devenus des classiques qu’on s’offre entre amoureux, pendant que les artisans chocolatiers s’amusent à entretenir le mythe, à l’instar du parisien Jean-Paul Hévin, qui créé une ‘barre de chocolat dynamique’ avec du gingembre et du bois bandé. Le chocolat tient toujours une place importante dans l’imaginaire aphrodisiaque que tout séducteur digne de ce nom se doit de connaître. C’est ainsi que Roberta Schira, en présentant la recette d’un énième délicieux dessert à base de chocolat, conçu pour séduire, prévient les lecteurs : « Direte : ancora cioccolato ? Sì, ancora, e se vi chiedete il perché avete sbagliato libro » (« Vous direz : Encore du chocolat ? Oui, encore, et si vous vous demandez pourquoi vous vous êtes trompés de livre »).

Chocolat et Saint-Valentin

La Saint-Valentin comme fête des amoureux puiserait son origine en Angleterre, à la suite de l’œuvre de Geoffrey Chaucer et de la littérature courtoise du 14e siècle. Cependant, le chocolat comme cadeau symbolisant le plaisir et le sentiment amoureux n’y est associé que tardivement, dès la seconde moitié du 20e siècle. Au Japon, l’usage veut que ce soient les femmes qui offrent les chocolats aux hommes de leur cercle social et professionnel. Afin d’éviter toute confusion de sentiments, différents types de chocolats sont offerts : le giri-choko (chocolat d’obligation) aux collègues respectés, le chō-giri (le chocolat d’obligation de moindre qualité) aux collègues moins appréciés. Le honmei-choko (le chocolat du sentiment vrai) est réservé à l’être aimé alors que le tomo-choko (chocolat d’amitié) s’échange entre amis. Cette tradition jeune est pourtant si forte que des distributeurs automatiques de giri-choko ont été installés dans la gare Shinjuku à Tokyo en 2013.