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Les aliments du mariage

Alors que le mariage n’a pas toujours été une histoire d’amour, le repas de noces a depuis tous temps été le moment de l’excès. Bien que des lois limitaient les dépenses notamment liées au mariage durant l’Antiquité et le Moyen Âge, on ne cachait pas sa richesse et on scellait l’union entre les familles par un banquet. Le temps d’un repas partagé, le banquet rompt ainsi avec les habitudes alimentaires quotidiennes par l’abondance de mets et entremets, riches en goût et chers pour la bourse.
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©Shutterstock / Elena Shashkina - Croquembouche : choux, crème pâtissière et sucre caramélisé

Du contrat privé au témoignage d’amour

Le mariage n’a pas toujours été une histoire d’amour. Trois piliers qui ont perduré jusqu’au 20e siècle étaient à la base de cette institution : le transfert des biens, le droit à la sexualité des femmes et la légitimation des enfants.

Dans l’Antiquité classique, l’union entre la jeune fille et le prétendant repose sur un simple contrat privé entre les deux familles. En Grèce, pas de fiançailles. Les noces ont lieu en hiver, en dehors des mois de travail dans les champs. Sous l’Empire romain, les fiançailles deviennent obligatoires. Certains jours étaient interdits de mariage, comme lors des Lemuria, jour des Morts.

Durant le Moyen Âge, au 13e siècle, le mariage intègre les sacrements de l’Église chrétienne et est interdit pendant le carême. L’union est considérée comme une intention divine et sacrée avec pour règles fidélité et monogamie. C’est à ce moment-là également, sous l’impulsion probable de l’amour courtois que l’affection entre les époux commence à poindre dans le discours ecclésiastique. L’union devient aussi une question de cœur. En Europe, la Réforme puis la Révolution française ébranlent l’institution matrimoniale : la première lui enlève son caractère sacré, alors que la seconde donne le pouvoir de marier à l’État civil. Quant au divorce, il devient légal dès 1857 en Grande-Bretagne et dès 1884 en France.

Abondantes nourritures

Le repas de noces n’a jamais été négligé, dans aucun milieu. Il est l’occasion de sceller l’union des deux familles par le partage de nourriture. L’excès est alors de mise.   

Durant l’Antiquité et le Moyen Âge européens, les lois somptuaires garantissaient l’ordre social en limitant les dépenses et la consommation ostentatoire, notamment dans le cas des mariages. Cependant, il semblerait que personne ne respectait ces restrictions. Dans les cités grecques, les bijoux de la mariée témoignaient de l’opulence de sa famille. Le repas de noces, auquel tout au plus trente invités étaient conviés, était riche de divers viandes et poissons. Chaque famille occupait une table séparée. Le banquet se clôturait par le sésamous, un gâteau de graines de sésame grillées et de miel réservé aux mariés, alors que les invités se partageaient le plakous à base de farine, miel et fromage de chèvre. Sous l’Empire romain, le matin du grand jour, les mariés faisaient offrande à Jupiter d’un gâteau d’épeautre avant d’être unis « par l’eau et par le feu, par le blé et la farine sacrée » (Melchior-Bonnet, Salles, 2010).

Au Moyen Âge, dépourvus de caractères religieux, les banquets sont de véritables spectacles. La noblesse met autant de soin dans la décoration de la salle (tapisseries, fontaines) que dans le choix des mets et entremets, ces derniers étaient alors des moments de divertissement. Or, dans les banquets moins fastueux, l’entremets avait déjà le sens culinaire : il s’agissait de bouillies de froment et de gelées de poisson. Les sources nous rapportent qu’en 1458, pour le mariage entre le duc de Bourgogne Charles le Téméraire et la duchesse anglaise Marguerite d’York, quarante-huit mets ont été servis, y compris des oiseaux reconstitués au plus proche du vivant.

Peu avant la Révolution française, il est dit que les banquets guindés bourgeois étaient ennuyeux. À la campagne, au contraire, on fêtait ! Aux repas maigres quotidiens se substituaient, le temps d’un jour, tourtes, pâtés, viandes et gâteaux que le marié servait lui-même à ses invités. Au 19e siècle, il y a peu de changement dans les régions rurales. Les desserts et mets sucrés soulignaient l’aspect exceptionnel du repas et une rupture avec l’alimentation quotidienne, et les bourgeois français découvraient le croquembouche d’Antonin Carême, précurseur de la pièce montée d’aujourd’hui.

Œufs et cuillers, témoins d’affection

Dans les sociétés rurales d’Europe, l’affection se témoigne par des objets du quotidien. En Tchéquie, le lundi de Pâques, la jeune fille offre soixante œufs peints au jeune homme en guise d’affection. S’il accepte, l’amoureux plantera un arbre la nuit du 1er mai. En Italie et en Autriche, par exemple, on fait cadeau de cuillers décorées, symbolisant nourriture et fécondité. Il n’est pas anodin que löffeln en allemand ou spooning en anglais ne se résument pas seulement à ‘nourrir à la cuillère’, mais expriment aussi l’affection amoureuse.