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Histoire de l’aquaculture

L’aquaculture consiste à élever des organismes aquatiques. En Méditerranée, l’ostréiculture et la pisciculture en lagune sont pratiquées par les Romains vers 500 AEC alors que celle d’eau douce s’est développée 1000 ans plus tôt en Chine de façon empirique. C’est à partir du Moyen Âge que l’élevage de la carpe en étang mène à la domestication complète de l’espèce et que démarre l’élevage des moules dont la technique change peu jusqu’au 20e siècle.
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© RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola - Louis-Joseph Yperman, La pêche au vivier, peinture murale du Palais des Papes, Avignon, France, 1910 (œuvre originale : 1343-1344)

L’élevage en étang, d’une époque à une autre

Les plus anciennes traces de pisciculture se trouvent en Chine avant 1000 AEC. La dynastie Chou (1112-221 AEC), puis le politicien Fan Li, vers 500 AEC, sont les premiers à décrire l’élevage de la carpe , symbole de chance et fortune, à des fins alimentaires. Sous la dynastie Tang, vers 618, l’empereur Li, dont le nom signifie ‘carpe’, proscrit l’exploitation du poisson du même nom. Les éleveurs se tournent alors vers d’autres poissons similaires de la famille des Cyprinidae et développent la première forme de polyculture. Le purin de l’élevage du bétail est également utilisé dans les étangs pour stimuler le développement des algues, les enrichissant en nutriments. Puis les fonds des étangs sont drainés à leur tour et utilisés comme fertilisant. Les premiers systèmes intégrés d’agriculture -aquaculture ainsi voient le jour et se pratiquent encore dans la Chine d’aujourd’hui.

En Europe, les prémisses de l’aquaculture émergent dans la Rome antique. Les Romains, friands de poisson de mer et d’huîtres , créent des parcs ostréicoles et adoptent le vivier assyrien, une sorte de ‘piscine’ où les poissons et crustacés capturés dans les lagunes sont conservés vivants jusqu’à leur consommation. Ces viviers sont bâtis à l’intérieur des maisons des plus aisés, où les invités peuvent choisir le poisson qu’ils consommeront.

Au Moyen Âge, dans l’ensemble de l’Europe feudale l’exploitation des viviers de poisson d’eau douce revient aux ordres monastiques et aux nobles qui détenaient le monopole des terres, forêts et cours d’eau. La mytiliculture (culture de moules) est inventée au 13e siècle et la technique évolue peu jusqu’aux années 1960. Comme pour la chasse, le braconnage est sévèrement puni et les classes pauvres devront patienter quelques siècles pour trouver du poisson frais dans leurs assiettes.

Dès la Renaissance, l’élevage de poisson d’eau douce se perfectionne. Plusieurs traités détaillent les techniques de construction d’étangs, de gestion, du choix d’espèces à élever, de leurs maladies et de leur alimentation. La carpe domine les bassins artificiels en Europe orientale, notamment en Bohème (actuellement une région de la République tchèque), qui se multiplient sur l’initiative de l’Empereur Charles IV.

La reproduction artificielle est découverte en Allemagne à l’époque des Lumières, mais il faudra attendre le 19e siècle et l’industrialisation pour qu’on y prête attention. En cent ans, l’industrie change le paysage européen. La pollution fait diminuer les populations de poissons et les espèces, comme le saumon, ne trouvent plus leurs chemins migratoires, empêchées par des barrages et canaux d’irrigation. Pour pallier à cette baisse dramatique, des recherches en reproduction artificielle se focalisent sur la culture de la truite et réussissent à en maîtriser toutes les étapes : fertilisation, stockage et transport d’œufs, élevage en étang ou mise en liberté. Des écloseries poignent aux quatre coins de l’Occident et, dès les années 1860, la truite et autres salmonidés colonisent les cours d’eau de la planète : États-Unis, Inde, Nouvelle Zélande, et même le Japon, l’un des premiers producteurs d'algues comestibles .

Durant les cinq premières décennies du 20e siècle, d’autres espèces de poissons sont introduites puis élevées dans les colonies anglo-belges d’Afrique, en vue de la pêche de loisir , pour contenir la malaria avec les espèces insectivores, et comme source de nourriture avec le tilapia . Dans les kibboutz en Israël, les méthodes traditionnelles importées de l’Europe de l’Est sont adaptées à l’aridité de l’environnement et des techniques inédites mises au point, permettant d’atteindre une autarcie alimentaire au niveau des produits piscicoles.

À la fin des années 1950, l’invention de l'aliment artificiel en granulés  révolutionne la pisciculture qui se reposait jusque-là sur les produits de l'agriculture élevage du bétail  (viande crue, par exemple) pour nourrir le poisson.

Durant les années 1970, l’aquaculture d’espèces marines vit un renouveau, grâce aux nouveaux matériaux de construction, légers, plus résistants et meilleur marché (fibre de verre, tuyaux en plastique) et aux cages flottantes remplaçant les coûteux bassins d’eau de mer en verre et fer forgé. Cependant, les nouvelles installations se révèlent être commercialement non-viables et l’optimisation et la stabilisation de la production piscicole marine est au centre des préoccupations de la décennie suivante. Le début du 21e siècle marque la forte importance de l’aquaculture au niveau global. Selon le rapport sur la pêche et l’aquaculture de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2016, « en volume, la production mondiale combinée de poissons d’élevage et de plantes aquatiques cultivées a dépassé celle des pêches de capture en 2013 ».