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Anthropophagie

La consommation de chair humaine se retrouve sur tous les continents au fil des époques, sans toutefois être systématique ni continue. Elle recule dès le 3e millénaire AEC, avec l’émergence des grandes civilisations de Mésopotamie, d’Égypte, et de l’Indus. Encore présente au 16e siècle sur le continent américain et en Océanie surtout, cette pratique devient rare et un tabou culturel.
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© Getty Images / DeAgostini - Peuple cannibale en Amazonie, gravure de Théodore de Bry (1528-1598), 16e siècle, Biblioteca Nazionale Marciana, Venise

L’histoire de l’anthropophagie

L’anthropophagie est un interdit absolu dans les sociétés post-industrielles que de nombreux pays n’ont même pas considéré de l’inscrire dans leurs codes pénaux. Dès le 16e siècle, lors des grands voyages d’exploration, les Européens découvrent l’anthropophagie sur le continent américain, puis en Afrique et en Océanie. À la fois horrifiés et fascinés, les conquérants, colons, missionnaires, voyageurs et explorateurs en rapportent les faits dans les détails, parfois de manière fantaisiste. Notamment, l’explorateur et naturaliste, Georges Schweinfurth (1868-1871) parle ainsi des Niam-Niam, d’Afrique centrale : « les Niam-Niam, qui ne rougissent pas de leur cannibalisme, avouent que chez eux, tous les cadavres, exceptés ceux des gens atteints de maladie de peau, sont reconnus bons pour la table. ». Les anthropologues ont souvent minimisé le phénomène en raison des sources historiques peu fiables.

Anthropophagie et cannibalisme

Les ethnologues distinguent l’anthropophagie, le fait de manger de la chair humaine, du cannibalisme, toujours pratiqué en groupe de congénères et considéré comme une institution rituelle et sociale. Le terme ‘anthropophagie’ est un emprunt effectué au 15e siècle, du grec ‘anthropos’ (homme) et ‘phagein’ (manger). Plus tardif, le mot ‘cannibalisme’ vient de l’espagnol canibal, une altération de cariba. Caribe désignait les habitants des Caraïbes et signifiait ‘hardi’, puis, sous l’influence espagnole, il a pris le sens de ‘sauvage’, cruel’ et a été appliqué aux anthropophages.

Endo- et exocannibalisme

Le cannibalisme se manifeste sous deux formes distinctes qui s’excluent : l’endo- et l’exocannibalisme. Dans l’exocannibalisme, les victimes appartiennent à un autre groupe social, des ennemis morts au combat ou des captifs de guerre, dont on cherche à se venger ou dont on désire assimiler les vertus, comme la force et le courage. Aux îles Fidji, par exemple, on ne mangeait pas les ennemis considérés comme lâches. À l’inverse, l’endocannibalisme concerne la consommation rituelle des morts du même groupe social, pour garantir la permanence de l’esprit du mort parmi les vivants, pour perpétuer sa présence ou pour maintenir une continuité entre la vie et la mort. Ce cannibalisme funéraire pouvait consister à manger les os des siens, grillés, moulus et dilués.

La plupart des chercheurs considèrent que l’anthropophagie s’inscrit dans une dimension magico-religieuse. Cette pratique serait ainsi liée à la représentation de la vie et de la mort, et aux cultes des ancêtres. Elle participe à l’organisation sociale du groupe et à son unité. Or, la consommation de chair humaine présente sous bien des aspects les mêmes caractéristiques ‘réglementaires’ et rituelles que la consommation de chair animale, c’est-à-dire celle de créer du lien social. Dans l’échelonnement de la civilisation à la sauvagerie, le stade inférieur revient généralement à l’anthropophagie.

L’anthropophage moderne

L’anthropophagie n’a cessé de régresser depuis le 16e siècle. Rumeurs ou faits avérés, des récits d’anthropophagie récente circulent toujours, avec l’exemple marquant de celui surnommé le 'Cannibale de Rotenburg' en 2001. Le cinéma s’inspire également de criminels authentiques, comme dans Le Silence des agneaux, avec le personnage d’Hannibal Lecter.