Qui produit ce qui est à la base de notre alimentation ?
Transformer le vivant : la production agricole
© Ilia Bronskiy/Pexels
Production
Du latin producere (« conduire en avant, faire surgir »), la production renvoie à l’acte de transformer des ressources en biens utiles. En agriculture et en élevage, elle désigne la mise en œuvre des facteurs de production pour générer des denrées alimentaires.
La valeur ajoutée de la production agricole réside dans la transformation directe de ressources naturelles en biens alimentaires échangeables. La terre, l’eau, l’énergie solaire et le travail (intrants primaires) sont combinés pour générer une biomasse comestible végétale et animale, valorisable sur les marchés. L’acte productif crée une valeur nouvelle en convertissant des intrants intermédiaires (semences, engrais, fourrage) en denrées dotées d’une utilité économique immédiate, les produits de la ferme, de l’élevage ou de la plantation. Cette conversion biologique constitue le cœur matériel de la chaîne : l’exploitation du vivant pour créer de la valeur.
La création de valeur dépend aussi de l’organisation des facteurs de production. La mécanisation, la spécialisation des exploitations, l’optimisation des rotations et la gestion technique des troupeaux augmentent les volumes et la régularité des livraisons. La productivité du travail et du capital, mesurée en rendement par hectare ou par animal, permet d’abaisser les coûts unitaires et d’accroître la marge brute. La production constitue ainsi le point d’ancrage territorial, le domaine à partir duquel la valeur biologique devient valeur marchande.
Récolte de poivrons kapiya Kapya, Bergama (Izmir, Turquie), 30.09.2023 © Adem Albayrak / Pexels
Les coûts cachés de la production agricole
La production agricole externalise globalement une partie significative de ses impacts. L’érosion des sols, la perte de biodiversité, la contamination des nappes phréatiques et les émissions de gaz à effet de serre (GES) agricoles constituent des charges différées pour la collectivité. La recherche de rendement à tout prix génère des systèmes productifs qui affectent fortement l’usage durable des terres agricoles et plus généralement des biotopes.
Les coûts sanitaires incluent notoirement l’exposition des travailleuses et travailleurs agricoles aux substances chimiques et les risques psychosociaux liés à l’endettement et à la volatilité des marchés. À long terme, les phénomènes de résistance biologique et la dégradation des écosystèmes accroissent les futurs coûts de production. Le système reporte ainsi sur l’avenir les conséquences d’une intensification mal régulée.
Les pertes dans les champs et les élevages
Les récoltes peuvent être perdues à cause des sécheresses, inondations, tempêtes, ravageurs, maladies, incendies, épisodes de chaleur extrême ou encore la grêle. Elles peuvent aussi rester dans les champs faute de main-d'œuvre, de machines, de carburant ou parce que leur prix ne couvre plus le coût de la récolte. En élevage, maladies, mortalité animale ou stress thermique réduisent également la production. Ces pertes représentent du travail, de l'eau et des ressources mobilisées en vain.
Exemples de solutions concrètes
- Paiements des agricultrices et agriculteurs pour services écosystémiques
Rémunérer explicitement le stockage de carbone, la conservation de la biodiversité et de l’eau. Agricultrices et agriculteurs deviennent fournisseurs de biens communs. - Contrats pluriannuels à prix juste
Garantir un revenu stable aux exploitations engagées dans la transition écologique. - Labels intégrant un « bonus durabilité »
Prime visible pour les productions certifiées à impact réduit. - Choix éthique : payer le vrai prix
Accepter qu’un produit durable puisse coûter davantage, car il rémunère un effort réel. Refuser le « prix bas » qui cache un coût collectif élevé.