Sorry, you need to enable JavaScript to visit this website.
A propos de la Fondation

Le sacrifice rituel et milieu urbain

La fête sacrificielle du mouton se pratique dans la légalité ou la clandestinité, en milieu urbain ou campagnard, tant dans les pays musulmans que laïques. Traditionnellement, c’est au père de famille d’exécuter le rituel dont il est censé transmettre les valeurs et gestes à ses fils. ‘Fête de la mémoire’, elle est partage et hospitalité et fédère, aujourd’hui, les coutumes familiales et préceptes religieux, tradition et modernité.
WEB-Sacrifice.jpg
© Keystone - Morenatti Emilio - Sacrifice d’un mouton lors de l’Aïd-el-Kebir, Pakistan, 2008

Foyer familial comme lieu de sacrifice

Pour ceux qui ne font pas le pèlerinage à la Mecque, le foyer familial est devenu aujourd’hui l’espace privilégié du sacrifice de l’Aïd el-Kébir ou ‘la fête du mouton’. Si chacune des familles pratique individuellement, la fête est un rituel collectif, exécuté au même moment par tous les membres de la communauté musulmane croyante. La dernière prière de la fête marque le moment où le mouton est égorgé selon les préceptes halal, qui ont suivi le rituel musulman. Autrefois, les villages ou campements nomades étaient collectivement mobilisés pour les rituels sacrificiels. Aujourd’hui, bien que la majorité des musulmans habitent dans des agglomérations urbaines régies par des lois de sécurité et d’hygiène, les villes n’autorisent pas ou laissent peu de place à cet événement, en particulier dans les pays laïques.

Bergeries urbaines et abattoirs de fortune

Dans les villes musulmanes, notamment au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, les ‘foirails’ sont mis en place quelques semaines avant la fête. Ces marchés de bétail sont approvisionnés en moutons de provenance diverse soumis au contrôle sanitaire. C’est au père de famille que revient le rôle traditionnel de choisir la bête qu’il va sacrifier : on préférera un bel animal, aux grandes cornes et qui pèse lourd. Une fois le mouton acheté, s’en occuper jusqu’à sa mise à mort s’avère problématique : les immeubles se transforment en bergeries urbaines (Brisebarre, s.d.). Habiter un immeuble complique également l’abattage rituel. Souvent, un espace y est dévolu dans la cour devant le bâtiment, lavée et purifiée selon les règles.

La difficulté d’entretenir la tradition en milieu urbain a également influencé la transmission familiale du ‘savoir égorger’ qui se perd peu à peu. Des bouchers spécialisés se substituent alors aux pères de famille moyennant une petite contribution pécuniaire.

Dans les pays de l’Union européenne, les législations qui régissent les conditions de l’abattage rituel considèrent le mouton de l’Aïd el-Kébir comme un simple animal de boucherie. Comme tel, sa mise à mort doit avoir lieu dans un abattoir et être exécutée par un professionnel, et non pas par le chef de la famille. En France, où la majorité de la population musulmane habite en ville, ces restrictions ont poussé à des pratiques du sacrifice clandestines. Le manque d’abattoirs disponibles n’a fait qu’accentuer le phénomène dans des grandes agglomérations urbaines. Des sites d’abattage temporaires et réglementés, désormais mis en place par la jeune génération musulmane, tente de pallier à ce problème.

‘e-sacrifice’ : tradition et solutions modernes

Internet a ouvert la porte à des solutions inédites en matière d’abattage rituel. Dès 2006, un site web basé au Maroc propose la vente online de l’animal sacrifié selon les principes musulmans et assure sa livraison pour le jour même du sacrifice. Pour les citadins, le problème de la garde de l’animal ne se pose plus, il leur reste encore à trouver un lieu d’abattage. Au Pakistan, certains organismes musulmans de bienfaisance, comme Alamgir Welfare Trust, proposent des ‘e-sacrifices’. On peut acheter ou parrainer un mouton et assister à son sacrifice en direct sur internet « quel que soit le pays dans lequel on se trouve ». Aussi, la viande pourra être collectée par la suite et/ou redistribuée aux personnes dans le besoin.