Tout commence-t-il vraiment dans le champ ?
Avant la production : les intrants
© David Kwewum / Quelle: Pexels
Intrant
Du latin intrare (« entrer »), le terme désigne l’ensemble des biens, services et ressources introduits dans un processus productif. Dans le système alimentaire, il s’agit des semences et matériaux de plantation, des aliments destinés aux animaux, des engrais et amendements, des produits phytosanitaires et vétérinaires, de l'eau, de l'énergie, des machines, de la main-d'œuvre, des connaissances techniques et des services spécialisés. Produits sur l'exploitation ou fournis par des prestataires externes, leur usage a une incidence sur les rendements, les coûts de production, les conditions de travail, l’environnement et la dépendance des agriculteur·ice·s envers les marchés et les technologies.
La valeur ajoutée du segment des « intrants » repose d’abord sur l’augmentation mesurable de la productivité biologique. Les semences sélectionnées, hybrides ou génétiquement améliorées permettent une homogénéité des cultures, une meilleure résistance aux stress biotiques et abiotiques et une optimisation des cycles végétatifs. Les engrais minéraux, en particulier azotés, phosphatés et potassiques, rendent immédiatement disponibles des nutriments essentiels, levant les contraintes naturelles des sols. Les produits phytosanitaires sécurisent les rendements en réduisant les pertes liées aux adventices, insectes et pathogènes. L’ensemble transforme un milieu incertain en système agronomique prévisible.
La création de valeur provient également de la standardisation et de la scalabilité industrielle. La production d’intrants repose sur la recherche agronomique, la chimie industrielle, la biotechnologie et la logistique globale. Ces secteurs captent une part significative des profits de l’agriculture grâce à la propriété intellectuelle, aux brevets sur le vivant, aux économies d’échelle et à la dépendance technique qu’ils instaurent. En amont de toute production alimentaire, ils conditionnent la performance des autres maillons et contrôlent une part stratégique de la chaîne.
Pulvérisation de produits phytosanitaires, Slovénie, 2025 © SimonSkafar / Getty Images
Externalités et coûts cachés dans le domaine des intrants
Les intrants (eau, semences, engrais de synthèse, produits phytosanitaires, énergie, machines agricoles) génèrent des coûts cachés majeurs. Leur production repose pour beaucoup sur des ressources fossiles et minières, induisant émissions de gaz à effet de serre, pollutions industrielles (notamment le gaz) et dépendances géopolitiques. L’utilisation massive des engrais contribue au déséquilibre des cycles de l’azote, du phosphore et du potassium au niveau planétaire, tandis que les pesticides engendrent des effets écotoxiques persistants, difficiles à mesurer tout au long de la chaîne de valeur. Fait majeur : 70 % de la consommation d’eau douce dans le monde sert l’agriculture. L’accès à cet intrant essentiel est vital, quel que soit le type de production, et a toujours un impact environnemental.
À ces coûts environnementaux s’ajoutent des coûts sociaux et politiques : concentration du marché des semences, brevets, dépendance technologique des agricultrices et agriculteurs et asymétries de pouvoir entre multinationales et productrices et producteurs. Les dépenses publiques liées à la régulation, au contrôle sanitaire et à la dépollution ne sont que partiellement intégrées aux prix des intrants. Le coût réel dépasse donc largement le prix d’achat affiché.
Des pertes avant même de produire
Les pertes commencent avant les récoltes. Semences qui ne germent pas, plants détruits par le gel, la sécheresse ou les inondations, engrais lessivés par les pluies, pesticides devenus inefficaces à cause des résistances, eau d'irrigation perdue par évaporation ou fuites : autant de ressources consommées sans produire d'aliments. Chaque échec mobilise des terres, de l'énergie et des matières premières. Mieux adapter les cultures au climat permet déjà de limiter ces pertes.
Exemples de solutions concrètes :
- Rémunérer l’innovation à faible impact environnemental
Soutenir financièrement les entreprises qui développent biofertilisants, solutions de biocontrôle, semences résilientes. L’innovation durable doit être plus rentable que la dépendance chimique. - Bonus réglementaire pour les intrants sobres
Allègements fiscaux et accès prioritaire aux marchés publics pour les fournisseurs réduisant toxicité et empreinte carbone. - Récompenser la transparence
Valorisation commerciale des entreprises publiant l’empreinte environnementale complète de leurs produits. - Choix éthique : soutenir les filières responsables
En choisissant des produits issus d’agricultures à faibles intrants, les consommatrices et consommateurs récompensent les fournisseurs engagés. Chaque achat devient un signal économique.