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Société  |  Dossier À table!

Mangeurs de l'extrême Le monde fou des concours de nourriture

©GettyImages/Charles Traior Jr., Miami Herald

En règle générale, manger n’est pas considéré comme un sport de spectacle. Mais aux Etats-Unis, les concours de nourriture représentent un énorme marché. Et par «concours de nourriture», on n’entend pas réaliser de savoureux plats avec talent et brio, mais ingurgiter un maximum de hotdogs, d’ailes de poulet ou de parts de pizza le plus rapidement possible.

Cela peut paraître plutôt écœurant pour la plupart d’entre nous, mais en Amérique, ces concours s’avèrent très populaires et comptent de nombreux fans. Ce «sport» possède même sa propre fédération avec plus de 100 compétitions nationales par an, des règles officielles, des records... et des centaines de milliers de dollars en jeu.


Les concours de nourriture n’ont rien de nouveau

Dès le début du vingtième siècle, lors de festivals de villages américains, les concurrents étaient mis au défi de manger un maximum de tourtes pour fêter la fin de la récolte. Depuis, les choses ont bien changé. Le sponsoring de quelques grandes entreprises alimentaires et la présence d’émissions américaines de téléréalité aux noms très explicites – Gutbusters, The Fear Factor... – ont apporté des sommes d’argent considérables et attiré des millions de fans. Les plus grandes manifestations – le concours de hotdogs organisé par l’enseigne Nathan’s à New York depuis 1916, le Wing Bowl à Philadelphie ou le concours de hamburgers Krystal Square Off dans le Tennessee – drainent facilement jusqu’à 40 000 spectateurs. Manger est devenu une activité professionnelle.


Cette nouvelle manière de gagner sa vie, peut-être simple en apparence, contribue à amener un nouveau genre de «célébrités alimentaires» sur nos écrans de télévision et à promouvoir telle ou telle marque alimentaire ou chaîne de restauration. Mais il existe un revers de la médaille à toute cette entreprise de la «gloutonnerie». Outre le problème moral que pose le fait de manger à l’excès alors que d’autres meurent de faim, il convient de mentionner les régimes d’entraînement malsains et guère naturels que s’imposent ces «goinfres». Certains consomment de grandes quantités de nourriture ou boivent des litres d’eau pour étirer leur estomac; d’autres jeûnent pendant plusieurs jours pour s’ouvrir l’appétit et mâchent des gommes pour développer la force de leurs mâchoires. Apprécieriez-vous de vous gaver régulièrement de choux pour maintenir votre estomac au sommet de sa forme?


 Si un concurrent vomit, il est éliminé

Des études(1) ont montré que de tels excès alimentaires entraînent une distension anormale de l’estomac, celui-ci se transformant en un grand sac flasque capable de recevoir des quantités inouïes de nourriture. Cet estomac énorme occupe la majorité de l’abdomen des mangeurs et pourrait presque s’apparenter à l’expérience de la grossesse! A long terme, l’étirement de l’estomac lors des concours pourrait tout à fait devenir irréversible. Et si ce dernier venait à perdre sa capacité de se contracter et de se vider, une gastrectomie risquerait d’être le seul recours ultime. Trop manger pourrait également entraîner une obésité morbide. Pire encore, un concurrent s’est étouffé avec un hotdog et a ainsi perdu la vie lors d’un concours à Custer, Dakota du Sud.

Pour prévenir les abus et veiller à la santé et à la sécurité des concurrents, la fédération (International Federation of Competitive Eating) a établi un ensemble de règles à respecter lors des concours de nourriture. Pour pouvoir participer, les concurrents doivent être âgés d’au moins 18 ans et chaque concours ne doit pas durer plus de 10 ou12 minutes en moyenne. Afin d’avaler plus facilement les aliments, il est possible de boire en même temps mais pendant pas plus de 5 secondes. Une équipe de secours médical doit par ailleurs être systématiquement présente. Et si un concurrent vomit, il est éliminé (il s’agit d’un cas de «revers de fortune» pour les experts).

La popularité des concours de nourriture a dépassé les frontières des Etats-Unis: c’est également devenu un marché de grande ampleur au Canada et au Japon, et des émissions telles que Man v Food sont exportées outre-Atlantique. Alors que cache ce phénomène relativement récent et extrêmement controversé des concours professionnels de nourriture? S’agit-il simplement d’une réaction aux campagnes officielles qui font la promotion pour une alimentation saine? D’une fascination morbide : regarder des individus s’empiffrer jusqu’à en être malades? Ou est-ce juste une autre manifestation de notre société obsédée par la nourriture et confrontée à une obésité croissante?


Quelle que soit la réponse, les concours alimentaires représentent une distraction saine et convenable pour certains, une activité malsaine, immorale et abjecte pour d’autres. Mais une chose est sûre : pour les sponsors – généralement des chaînes de restauration rapide et certains grands noms de l’industrie alimentaire, sans oublier une poignée de fabricants de médicaments contre l’indigestion et les brûlures d’estomac ajoutés là pour calmer la nausée – il s’agit d’une excellente manière de promouvoir leurs biens et prestations. Après tout, si le grand manitou Joey Chestnut peut ingurgiter 68 célèbres hotdogs de New York en 10 minutes seulement tandis que la meilleure mangeuse Molly Schuyler s’enfile 348 ailes de poulet, vous trouverez sûrement un peu de place pour en avaler quelques-uns?

De la pièce montée de mariage au caviar, des piments aux pancakes verts, tous ces produits possèdent leurs propres concours. Il est vrai que vous rechignerez probablement à participer au concours mondial de «slugburgers» – littéralement «hamburgers de limace» – qui se tient dans le Mississippi. Mais ne vous inquiétez pas, celui-ci n’est pas aussi écœurant que son nom pourrait le laisser croire: les «slugburgers» sont un simple mélange local de bœuf et de chapelure qui est frit au lieu d’être grillé. Quant au concours annuel de testicules frits de taureau organisé dans le Montana... il s’agit bien de véritables testicules, il est donc moins certain que vous ayez envie de relever le défi!

Colin Rogers

Auteur, rédacteur, traducteur

Avec plus de vingt ans d’expérience des publications académiques et gouvernementales, de la rédaction et de l’écriture pour des magazines, ce natif de Liverpool, orfèvre des mots, est rompu au traitement de la plupart des sujets. Fidèle à sa devise – «la priorité au lecteur» –, il met sa sincérité et son enthousiasme au service de chacune de ses missions, transmettant le savoir et les informations de manière accessible et stimulante.

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